03 août 2006

Moi et ... la donne

J'essaie d'écrire quelques lignes sur cette donne de départ qu'est la beauté ou l'absence de beauté.

Sur le fait de ne pas être jolie, le fait de se savoir jugée sur cette chose-là qu'on ne contrôle pas, au moins un peu, au moins au premier abord.

Sur la négation fervente des proches et des moins proches - qui oserait dire, à part un enfant peut-être, "toi, tu es moche" ?

Sur l'importance démesurée qu'à cette perception de soi par soi et de l'image de soi par les autres.

Sur ce qu'on dégage quand on est vraiment beau, sur ce qu'on dégage quand on ne l'est pas, sur ce qu'on dégage quand on est quelconque mais qu'on se sent bien dans sa peau, ou au contraire quand on s'est mis à se détester.

Sur la difficulté d'accepter cette donne de départ et d'entrer dans le jeu, en en tirant le meilleur profit, avec le plus de grâce possible.

 

Mais bon, je n'y arrive pas, le texte que j'ai écrit me semble creux, pathétique.

 

Alors, si vous le voulez bien, j'en appelle à vous.

 

Quel rapport entretenez-vous avec votre corps (y compris votre visage) ? Vous trouvez-vous beau ? Quelle importance cela prend-t-il dans votre vie ? Pensez-vous que vous seriez une personne différente si vous étiez sublime, ou au contraire très laid ?

26 juin 2006

Moi et ... mon poids

Il y a une photo de moi, dans la maison en haut à droite, qui m'a longtemps servi de mètre-étalon.

Je suis debout, sur des rochers face à la mer. Ca respire bon l'été. J'ai une esquisse de short et un semblant de blouse qui découvre ma peau très haut au-dessus du nombril, tous les deux blancs. Je suis toute bronzée, et toute fine. Mon ventre est brun et plat, mes jambes montent jusqu'à mes pomettes. On devine plus qu'on ne voit mon sourire et mes yeux, écrasés de soleil, mais mon corps semble sortir d'un magazine.

Cette photo, c'était un peu mon Saint Graal. Voilà à qui je voulais ressembler, et c'était d'autant plus rageant que ça avait été moi, et que je sentais bien que ce ne l'était plus, que les années, la pilule et les excès avaient noyé cette silhouette-là. Evidemment, je n'atteignais jamais cette perfection de photo de vacances.

Un jour, le cadre est tombé, il a fallu le remplacer. Au dos de la photo, une date : Juillet 91.

J'avais dix ans ?

Je voulais à toutes forces ressembler à une fillette de dix ans ?

J'ai regardé la photo. Attentivement. Je l'ai comparée à celles des publicités, des photos de mode des magazines, des corps d'actrices érigés en modèles, non seulement de beauté, mais presque d'hygiène esthétique. Les proportions sont bien là. C'est ce corps-là qu'on - ce on informe et persistant de la rumeur trop publique - nous donne en exemple. Un corps de gamine, délié et fin, gracieux certes, mais sans rien de réellement féminin.

 

 

Cette contastation n'a pas réglé tous mes problèmes vis-à-vis de mon corps. Je désespère de rencontrer une fille qui vive réellement bien son poids (peut-être toi tout de même, LaNantaise ?).

Je précise avant tout que je n'ai jamais eu de souci médical par rapport à mon poids, et notamment je n'ai approché de près ni de loin l'anorexie ou la boulimie. Je livre ici mon petit témoignage parce que je le crois honnêtement proche de la façon dont l'extrême majorité des jeunes femmes vivent leur corps.

Mon poids idéal semble être définitivement deux à trois kilos en dessous de mon poids réel, quel que soit celui-ci. Parlons cru, parlons chiffres : pour 1m68, je pèse habituellement 58 kilos. Médicalement, c'est impeccable. Esthétiquement, j'entre dans un 38, ou un 36 selon les coupes, parce que j'ai les hanches étroites ; par contre, j'ai un bidon confortable. Je fantasme toujours sur un poids de 56 kilos qui me semble tellement plus joli, presque le sésame pour l'harmonie corporelle.

Ces derniers temps, j'ai maigri. Pas par la grâce d'un régime amincissant, mais parce que j'étais trop chamboulée pour avoir faim. Je suis passée de 58 kilos bien pesés à 54. Je n'ai jamais pesé aussi peu depuis que j'ai atteint ma taille d'adulte. Quand un demi-yaourt vous remonte à la gorge ...

J'étais bouleversée, malheureuse. Il en faut vraiment beaucoup pour que j'arrête de manger, ma réaction habituelle au stress consistant plutôt en un gavage compulsif.

Mon corps se détraqu(ait). Il refusait de digérer le peu que je lui imposais. Des crampes incompréhensibles me réveillaient. Mon ventre me faisait souffrir, j'avais des insomnies. Mes sensations primaires étaient comme engourdies. Je tremblais parfois plusieurs minutes, de façon impressionnante.

Cela n'a duré que quelques semaines, heureusement, semaines que je ne voudrais pas revivre. Ma perte de poids est le signe d'une douleur bien réelle.

 

Et pourtant ... Voyez à quel point le fantasme de la longilignité est incrusté dans mes/nos pores ! Une part de moi est ravie de cet allègement. Et une autre a déjà fixé mon nouveau poids idéal trois kilos en-dessous ...

24 janvier 2006

Moi et mes cheveux

Mes cheveux et moi, ça fait longtemps qu'on se connaît.

En même temps pas tant que ça, si on sait que j'ai gardé très longtemps mon duvet de nourrisson, à tel point que ma mère avait peur que je reste chauve. Mais les mamans ont ce genre d'inquiètudes pour leur bébé, j'imagine - surtout si c'est une fille, surtout si c'est leur premier enfant.

Quand ils ont finalement poussé, mes cheveux, ils étaient blonds très clairs, presque blancs. Mais je ne crois pas que quiconque ait eu peur.

Longtemps, j'ai eu une couette, comme sur la photo. Je la réclamais souvent. Et puis mes cheveux ont poussé, et j'en voulais à ma maman de ne savoir faire que des couettes. Elle y mettait plein de chouchous de toutes les couleurs pour que Benoît (le tombeur du CE2) me dise que j'étais jolie. Mais au bout de la quatorzième fois, ça ne marchait plus.

Mes cheveux étaient longs, lisses et blonds. Ma meilleure amie les avaient noirs et frisés, c'était beaucoup plus joli. Mais bon an, mal an, je suis arrivée à la fin du lycée sans différence notable - une frange partant de la nuque et un mémorable "carré plongeant" mis à part.

 

J'ai quitté un amoureux qui imaginait que le secret de la féminité résidait dans la longueur de la tignasse. J'ai rencontré un autre homme. J'ai coupé mes cheveux, courts, très courts. C'est Pas qui me les a coupés, elle peut vous le confirmer : j'étais presque chauve. Je plaisais néanmoins toujours au Taffreux, qui à l'époque avait les cheveux longs. On faisait sourire les gens dans la rue.

 

Pendant sept ans, mes cheveux ont poussé, se sont raccourcis, ont repoussé, ont été noirs, blonds, rouges, oranges, fluo, ternes, lisses, bouclés.

Aujourd'hui, ils sont mi-longs, châtains, avec quelques mèches qui font semblant d'être une frange. On cohabite pacifiquement. Je me demande si c'est un signe de maturité ?

 

(Est-ce un autre signe de maturité que d'écrire un article sur sa tignasse, à 11 heures du soir, la veille d'un jour chargé ?)