12 juin 2006

Moi et ... encore plus fort

Sans les mains, sans les yeux, c'est du déjà vu !

Sans tenue, sans casque, sans selle, c'est pas mal non plus ...

 

Et après  ? Sans cheval ?

 

 

Pour les commentateurs ...

 

Quand je vais au cheval, je commence par me déguiser en danseuse. Mon soutien-gorge efface mon buste, me dessinant une poitrine adolescente, je tir(ais) mes cheveux en chignon, enfile un pantalon-justaucorps. Et puis, pour casser l'illusion fugitive, je me chausse de boots terriennes parce que lourdes et maculées de boue, j'y ajoute des chaps comme des pelures d'orange autour de mes mollets, et puis des éperons, pas ronds et acérés mais droits et précis. Je mets des gants, aussi, parfois une cravache prolonge mon bras.

Et ensuite, pendant quelques heures, j'essaie de fiancer la pesanteur et l'apesanteur, la grâce et la force, la terre et le souffle.

 

Alors, quand je viens grimée en piétonne, c'est signe de récréation.

08 juin 2006

Moi, la confiance et l'étymologie

Mon moniteur est un presque un extra-lucide.

En ce moment, je me pose beaucoup de questions sur la confiance. En moi, en les autres, en certaines situations, en l'avenir ... Comme beaucoup de gens, j'ai du mal à lâcher prise. La méfiance me semble une pente bien plus naturelle - bien moins intéressante, mais combien plus facile - que l'abandon. Ces questions-là, j'imagine qu'on se les pose toute sa vie, mais elles deviennent obsédantes ces derniers temps, peut-être parce que je viens de tout bouleverser dans la mienne.

 

Du coup, l'autre soir, quand au début de la reprise, mon moniteur a annoncé qu'on allait travailler sur la confiance, j'ai cru que mes oreilles avaient la berlue. En équitation, passés les tous premiers temps, on se concentre essentiellement sur la technique et la justesse. On saute des obstacles plus hauts et plus larges, avec des parcours plus serrés ; on s'impose des exercices plus exigeants et plus précis ; on demande au cheval un effort plus soutenu et plus régulier.

Par contre, on ne travaille plus sur la confiance, une fois que l'on tient en selle. Elle doit être là dès le départ : sur une bestiole qui fait presque dix fois votre poids, mais seulement en muscles, et qui peut très bien décider à tout moment qu'elle refuse de se laisser dicter des ordres par un moustique tel que vous - et ce, quel que soit le harnachement imposé - la confiance fait partie de l'équation de base, où l'on reste piéton. Sauf que ... même si elle va de soi, cette confiance, il faut la travailler, la mettre en jeu, la prouver. La risquer peut-être.

 

Nous avons donc découvert l'exercice que j'ai baptisé "Centaure Aveugle". Il consiste en des exercices simples de transition -du pas au trot, du trot à l'arrêt, de l'arrêt au galop ... les yeux fermés. Puis, les yeux fermés, et sans les mains. Oh, je ne garantis ni la justesse, ni l'élégance de nos maintiens, mais il s'agissait bien de s'abandonner, au sens étymologique du terme : remettre a bandon, à un autre pouvoir que le sien, quelques minutes de sa vie. Lâcher prise, laisser à l'autre le pouvoir de nous blesser, mais aussi de nous ravir : de nous surprendre. Faire confiance : c'est un acte de foi (con-fiance), et c'est un acte d'amour.

 

J'ai eu du mal à ouvrir à nouveau les paupières.

J'en veux encore.

29 décembre 2005

Moi et monter à cheval

Il y a presque quinze ans, j'ai eu mon premier cours d'équitation. J'en ai eu un par semaine pendant un an, puis deux, avec des chevaux de clubs, jamais le même. Mon préféré était un cheval de voltige pie, aux formes un peu lourdes mais aux allures fluides comme un souffle. J'ai passé mon adolescence dans des endroits où le martèlement des sabots remplace les pulsations du pouls.

 

Plus tard, j'ai eu un cheval à moi. C'était un trotteur, réformé des courses. Un alezan un peu dégingandé, très inconfortable mais d'une bonne volonté à toute épreuve. Il a réappris à galoper - dans une course de trot, le galop est une faute, et ces chevaux l'ont assimilé comme telle. Il s'est même essayé à l'obstacle, un peu, au cours d'un été où nous n'avions cessé de nous entraîner, lui et moi. Quand il est devenu grostesque de vouloir le faire progresser davantage, une débutante, ReineMère, l'a adopté. Il coule aujourd'hui une retraite bucolique chez le père du Taffreux.

 

J'avais seize ans, j'ai rencontré Cheval. Un anglo-arabe élégant, grand et puissant mais fin, parfois brutal, parfois joueur. J'apprenais plus que jamais avec ce cheval tellement plus doué que moi. Mon trotteur avait besoin de moi, de mes indications, de mes encouragements, notre tandem avait fini par se déséquilibrer à mon avantage. Cette fois, c'était à moi de progresser, de m'élever au niveau de ce cheval de rêve.

 

Et puis le cheval de rêve s'est mis à boiter.

Et puis la cavalière est partie faire ses études, de plus en plus loin, revenant de moins en moins souvent.

Et puis le cheval de rêve s'est reposé, a guéri.

Mais la cavalière ne revenait toujours pas souvent.

Alors le cheval de rêve s'est ennuyé.

La cavalière s'ennuyait aussi de son cheval.

Finalement, la cavalière a invité son cheval à la rejoindre.

Plusieurs années sans travail s'étaient écoulées. Des surprises les attendaient. L'anglo-arabe, toujours un peu difficile, voire agressif, au box, était devenu doux, presque caressant. La cavalière venait tous les jours.

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Au bout de quinze ans d'équitation, je commence à concevoir ce que veut dire monter à cheval. Imaginez que vous rencontriez quelqu'un que vous savez être très intelligent, peut-être plus que vous, mais tout autrement. Imaginez que vous ne parliez pas la même langue. Que vous n'ayez d'autre terrain pour vous comprendre que celui des corps. Qu'il vous faille inventer ce nouveau langage, tous les deux, en tâtonnant, en vérifiant, en recommençant. Imaginez combien il peut être grisant de voir que l'autre a compris, sans une parole échangée, ce qu'en silence vous esperiez lui dire ?